LIran a rapatrié quelque 250 tonnes dor déposées en Suisse
Pour anticiper déventuelles sanctions occidentales, lIran a rapatrié en automne dernier depuis Kloten près de 250 tonnes dor que le régime des Mollahs avait confiées au Crédit suisse. Et peut-être bien plus.
Roger de Diesbach
250 tonnes dor ont été embarquées dans le plus grand secret à laéroport de Zurich-Kloten en octobre et novembre dernier par des avions charters de la compagnie Iran Air.
Selon lOrganisation des Guérilleros du Fédaïs (OGFPI), un mouvement communiste dopposition au régime de Téhéran (lire encadré), lIran a rapatrié depuis octobre dernier 700 tonnes dor et plus de 20 milliards de dollars déposés dans des banques occidentales. Cet énorme déplacement de fonds a été organisé afin déviter un éventuel blocage des fonds iraniens par les pays occidentaux qui veulent à tout prix faire cesser le programme denrichissement duranium iranien. Cette opération financière, visant à se mettre à labri de sanctions économiques occidentales, démontre que lIran est bien décidé à poursuivre ses expériences menant à larme nucléaire.
Sil est difficile de savoir exactement combien dor et de dollars ont été rapatriés depuis la Suisse, lorganisation clandestine affirme que quelque 250 tonnes dor ont bel et bien été embarquées à Kloten pour Téhéran. Elle nous en a fourni les preuves formelles venant de la Banque centrale dIran et nous avons trouvé en Suisse les indispensables confirmations. Le métal précieux provenait du Crédit Suisse (CS) qui, lié par le secret bancaire helvétique, ne peut rien dire sur les activités de ses clients. Mais le Crédit suisse ne dément pas.
Les trois charters
La valeur de lor rapatrié depuis Zurich est de quelque 5 milliards de francs suisses. Cet or iranien avait probablement été stocké dans un port franc, car il semble avoir échappé au contrôle minutieux des douanes suisses. Plus étrange encore, tous les services officiels helvétiques interrogés affirment tout ignorer de cet énorme transfert dor.
Lor a été expédié par avion directement à Téhéran, lexpéditeur étant le Crédit suisse et le récepteur la Banque Markazi, la banque centrale dIran.
Ce sont des avions charter affrétés par Iran Air qui sont venus chercher ces tonnes dor à Zurich. Combien davions ? Au moins trois. En effet, grâce à laide précieuse des observateurs davions, qui publient depuis 46 ans la revue mensuelle Jetstream à Zurich, nous apprenons que trois avions charters dIran Air se sont posés à Kloten : un Boeing 747-200 Jumbo en octobre et deux Airbus A 300 en novembre.
Ces trois appareils ont été remarqués par les spécialistes de Jetstream car il est exceptionnel que des avions dIran Air atterrissent à Kloten. Pour le reste, il nest pas exclu que Téhéran ait affrété dautres charters dautres compagnies amenant de lor ou des fonds iraniens vers dautres destinations.
Dautres sources précisent que le Jumbo dIran Air a atterri à Zurich le 24 octobre et les deux Airbus A 300 le 14 et le 23 novembre.
Réunion au sommet
Selon un leader de lOGFPI, les dirigeants iraniens se sont réunis au début de lautomne denier sous les auspices du guide suprême lAyatollah Kamenei. Les conclusions de cette rencontre au sommet furent les suivantes: 1) LIran continuera à enrichir de luranium. 2) Bush bloqué en Irak et sa CIA affaiblie ne peuvent pas agir avec lagressivité dantan. 3) Les Etats-Unis ont besoin de lIran sils veulent se désengager en Irak. 4) Avec lexplosion du Likoud et la division de ses dirigeants, Israël est également en position de faiblesse. 5) LIran doit profiter de cette situation favorable qui pourrait ne pas durer. LOccident pourrait alors serrer ses rangs contre Téhéran et décider comme première mesure un blocage des fonds iraniens.
Après cette séance, les Mollahs ont pris contact avec différentes banques du Moyen-Orient, notamment avec des institutions bancaires des Emirats Arabes Unis, de Dubaï et surtout dAbou Dhabi, dont certaines appartiennent à layatollah Rafsanjani ou à des financiers russes. Dimportants fonds iraniens ont été transférés dans ces banques, tellement que certaines dentre elles narriveraient pas à verser la totalité des intérêts promis à lIran, a appris lOGFPI. Dautres fonds auraient été transférés en Asie ou servirait à financer des infrastructures importantes dans cette partie du monde. En février, le président iranien Ahmadinejad promettait au président indonésien de financer une raffinerie dans ce grand pays musulman. Coût du projet : 2 milliards de dollars.
LIran aurait placé au total 36 milliards de dollars dans des banques étrangères, principalement européennes. Selon lOPEP, ce pays a enregistré 42 milliards de dollars de rentrées pétrolières en 2005.I
Ils lavaient bien dit (encadré)
Lhistoire des charters dIran Air à Kloten confirment les propos tenus par plusieurs hauts personnages iraniens ces derniers mois, propos diplomatiquement démentis depuis par le Ministère des affaires étrangères dIran.
Ainsi, le 19 janvier dernier, répondant à une question à propos dun transfert éventuel des réserves en devises de lIran vers les pays dAsie du Sud-Est, le président de la banque centrale dIran, Ebrahim Sheibani, avait affirmé: «Nous transférons nos réserves de tous les secteurs, notamment nos réserves provenant de recettes pétrolières, là où nous le jugeons nécessaire. Nous avons commencé à le faire et cela est en train dêtre fait.»
Le même jour, le ministre iranien de léconomie et des finances, Davoud Danesh Jafari, avait affirmé que les Occidentaux navaient pas le droit de bloquer les avoirs iraniens: «Sils le faisaient, ce serait contraire à leurs intérêts car les pays pétroliers qui ont des fonds importants deviendraient anxieux et transféreraient leurs réserves financières vers des endroits plus sûrs.»
Citant une source de la Banque centrale iranienne, le quotidien Asharq Al-Awsat avait affirmé que lIran avait «décidé de retirer aux Européens la carte dun gel de ses fonds en cas de confrontation politique ou militaire au sujet de son programme nucléaire». Selon ce quotidien, Le Conseil supérieur de la sécurité nationale dIran a ordonné à la Banque centrale, au Ministère du pétrole et aux institutions financières liées à lIran de transférer dans des banques asiatiques à Singapour, Shanghai, Hong-Kong et Malaisie, leurs fonds placés dans des banques européennes.R. de D.
Crédit suisse: rupture sans gros risques (encadré)
Deux jours après que lIran ait admis mettre ses fonds en sécurité afin de les protéger de possibles sanctions de lONU, lUBS annonce, le 22 janvier, quelle coupe ses relations avec tous ses clients iraniens. «Nous avons commencé à nous désengager de la relation clientèle avec nos intermédiaires en Iran en automne dernier», avait dit le porte-parole de lUBS Serge Steiner. Sans pouvoir se prononcer sur les transferts de fonds de ses clients, lUBS laisse entendre quelle na rien à voir avec les récents retraits dor iranien.
LUBS a-t-elle pris cette décision sur pression des Etats-Unis, pays où la première banque suisse réalise une bonne partie de son chiffre daffaires? On pourrait le penser, dautant plus quelle annonçait le même jour la rupture de ses relations avec la Syrie, pays classé dans «laxe du mal» par Georges W. Bush (la plupart des banques américaines ont rompu leurs relations daffaires avec les institutions financières syriennes en 2004 déjà). Mais Serge Steiner le nie : «Ce nest pas une décision politique». Si lUBS a décidé de se retirer dIran, cest tout simplement, à len croire, parce que la rentabilité de ses activités dans ce pays nétait plus suffisantes.
Un jour plus tard, le Crédit suisse annonce une décision similaire, mais bien plus restreinte. En effet, «après analyse de la situation géopolitique et des risques», le CS ne renonce quà létablissement de nouvelles relations privées avec des clients en Iran et en Syrie. A la différence de lUBS, la deuxième banque helvétique ne coupe pas ses relations commerciales actuelles dans les deux pays.
Après avoir rendu quelque 250 tonnes dor iranien à lIran, le Crédit suisse pouvait bien annoncer une mini-rupture de ses relations avec les Etats-Unis. En faisant bonne mine aux Etats-Unis sans se brouiller avec lIran, elle limitait les risques des deux côtés.
Selon la Banque centrale helvétique, lIran détenait fin 2004 dans les banques suisses, principalement à lUBS et au CS, des actifs pour quelque 2 milliards de francs suisses. R. de D.
Bref portrait de clandestins
Créée le 8 février 1971, suite à une insurrection contre le régime du Shah, lorganisation des Guérilleros du Fédaïs (OGFPI) a connu une importante scission lors de la prise de pouvoir par le régime islamique. Une majorité, rejoignant le parti communiste Toudeh, pris au départ la défense de la République islamique. Une minorité, lactuelle organisation, mène depuis lors la lutte clandestine contre le pouvoir des Mollahs.
Depuis vingt ans, lOGFPI a multiplié les occupations dambassades iraniennes en Europe. Ses militants occupaient notamment le consulat dIran à Genève en janvier 89. Les documents saisis à cette occasion ont permis de prouver que le consul dIran était un marchand de canons. Il a fini par être expulsé par la Suisse.
Depuis 1995, lOGFPI a eu de gros ennui avec les services français de sécurité. Elle avait notamment dénoncé la vente des radars Razit à lIran et les ventes illicites de pétrole irakien par des sociétés franco-iraniennes. R. de D.
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Organisation of Iranian People's Fedaii Guerillas
A.C.P |